L’enquête Ifop-JNA révèle que les oreilles de 660.000 enfants seraient menacées

La JNA a présenté son enquête annuelle réalisée avec l’institut Ifop. Cette année, la santé auditive des enfants de moins de 10 ans était à l’honneur, et les chiffres dévoilés indiquent une proportion alarmante de jeunes oreilles en danger.

Par Lucile PERREAU, publié le 02 mars 2023

L’enquête Ifop-JNA révèle que les oreilles de 660.000 enfants seraient menacées

Sommaire

Environ 1,3 million d’enfants de moins de 10 ans (soit 14%) ont déjà consulté un médecin ORL pour des acouphènes selon leurs parents. Ce problème de santé concerne surtout les enfants de plus de 5 ans (18%), les enfants d’ouvriers (19%), les Franciliens (23%) et les enfants utilisant quotidiennement un casque ou des écouteurs (28%). De plus il a été diagnostiqué une perte auditive moyenne à sévère pour près de 660 000 enfants, mais ce chiffre est probablement sous-estimé, car il ne prend en compte que ceux ayant été diagnostiqués par un médecin ORL. Par ailleurs, seulement 55% des parents ont déjà consulté un médecin ORL pour lur enfant, et 40% des parents affirment que leur enfant écoute chaque jour de la musique via des écouteurs ou un casque, d’une durée d’une à quatre heures par jour. Voilà les chiffres inquiétante que révèle la nouvelle enquête de l’Association JNA réalisée avec l’institut Ifop*. Il s’agit du premier baromètre réalisé sur un panel représentatif de parents ayant au moins un enfant de moins de 10 ans en France et constitue une base de référence.

« On savait que jusqu’à l’âge de 10 ans l’oreille des enfants est beaucoup plus fragile que celle des adultes. Alertée par les médecins et les acteurs de la prévention et de la santé sur les dangers du bruit chez les enfants, notre association a réalisé cette enquête auprès des parents : le résultat est terrifiant. Les oreilles de nos enfants sont en danger ! L’audition est le socle du développement du langage, de la socialisation et des apprentissages. Nous espérons que les pouvoirs publics, et notamment le Ministre de la Santé et de la Prévention en prendra pleinement conscience » indique le Pr. Jean-Luc Puel, président de l’Association JNA. Selon l’enquête, 30% des parents disent que leur enfant s’est déjà plaint du bruit et des nuisances sonores, un chiffre qui augmente avec l’âge de l’enfant : 23% pour les enfants de moins de 5 ans et 38% pour les enfants de 5 à 9 ans.

L’audition toujours pas au centre des préoccupations des parents

En dépit des moult avertissements et des nombreuses voix qui s’élèvent sur le sujet depuis plusieurs années, les parents ne sont que 32% à indiquer être inquiets pour leur enfant concernant les enjeux de surdité et d’acouphènes. Une minorité des parents (49%) estime être bien informés sur les enjeux de surdité et d’acouphènes chez leur enfant et seuls 29% connaissent les dispositifs mis en place par les pouvoirs publics en la matière. Point important, les jeunes parents (18-24 ans) et les parents d’enfants de 5 à 9 ans, les parents de trois enfants ou plus de moins de 10 ans dans leur foyer, ainsi que les parents résidant en agglomération parisienne, semblent être mieux informés. Les ouvriers affirment également davantage cerner ces dispositifs que les cadres (38% pour les premiers vs 21% pour les seconds), étant eux-mêmes plus soumis au bruit et aux nuisances sonores dans le cadre de leur travail et cherchant peut-être davantage à en préserver leur enfant.

La majorité des parents reconnaissent l’impact du bruit

70% des parents se déclarent capable de reconnaitre une difficulté de compréhension de la parole chez leur enfant, un score proportionnel à l’âge de l’enfant : les parents d’enfant de moins 5 ans sont ainsi 63% à s’estimer compétents, contre 78% des parents d’enfant de 5 ans et plus (âge auquel l’enfant est plus apte à exprimer ce qu’il ressent différents aspects de la vie de leur enfant : sa fatigue (pour 55% d’entre eux), son sommeil (47%), sa nervosité et son agressivité avec les autres (44%) et son niveau de stress (43%), son apprentissage des leçons (44%) ou encore son utilisation des écrans (42%). Cependant, ils identifient moins clairement l’impact des nuisances sonores sur l’audition de leur enfant en tant que telle. Ils sont ainsi moins de 4 sur 10 à estimer qu’elles peuvent générer une gêne de compréhension de la parole chez leur enfant (37%), une surdité (33%) ou encore des acouphènes (31%). Interrogés sur le fait d’adapter le volume sonore dans différents lieux en présence de leur enfant, les parents sont majoritaires à répondre le faire, que ce soit dans leur foyer (76%, dont 36% « souvent »), dans leur voiture (72%, dont 33% « souvent ») ou encore lors de réception à leur domicile (60%, dont 24% « souvent »). C’est particulièrement le cas des plus jeunes parents de 18 à 24 ans, des habitants d’Ile-de-France, et des personnes aux plus hauts revenus.

Et le dépistage dans tout ça ?

Pour 84% des parents, leur enfant de moins de 10 ans a déjà fait l’expérience d’un dépistage de l’audition par un professionnel de santé, les deux acteurs les plus sollicités pour ce test étant le médecin généraliste et le médecin pédiatre, tous deux l’ayant pratiqué dans 46% des cas. Le premier est davantage consulté pour les enfants de 5 ans et plus (53%), par les ouvriers (52%), par les habitants de province (47%) et par les catégories pauvres (50%), là où le second est davantage privilégié par des jeunes parents de moins de 35 ans (51%), ayant des enfants de moins de 5 ans (50%), des Franciliens (51%), et des catégories aisées (50%). Dans une moindre mesure, un tiers des parents se sont tournés vers un médecin ORL (33%) et d’autres acteurs ont réalisé ce dépistage sans passer par leur intervention : la médecine scolaire (dans 35% des cas) et le médecin de la PMI (service de protection maternelle et infantile (dans 25% des cas). Ce dernier acteur est particulièrement intervenu auprès des jeunes parents de 18 à 24 ans (31%), des ouvriers (33%), des Franciliens (34%) et des catégories pauvres (31%).

Les ORL plus fortement plébiscités en ville

55% des parents ont déjà conduit leur enfant de moins de 10 ans chez un médecin ORL. C’est particulièrement le cas des pères (59%, +7pts vs les mères), des parents d’enfants de 5 ans et plus (64%, +18pts vs les parents d’enfants de moins de 5 ans), des ouvriers (59%, +7pts vs les cadres), des habitants de l’agglomération parisienne (67%, +16pts vs les communes rurales), et des parents de plusieurs enfants de moins de 10 ans (63%, +11pts vs enfant unique). Les parents se tournent donc plus naturellement vers un médecin ORL dans les grandes villes, où ceux-ci sont davantage présents et accessibles, et lorsqu’ils ont plusieurs enfants qui ont potentiellement déjà expérimenté eux-mêmes des troubles auditifs. Parmi les principaux motifs de consultation figurent : l’otite (41% des parents ont consulté un médecin ORL pour cette raison), des douleurs à l’oreille (31%) et des bouchons de cérumen (23%). Les motifs plus alarmants ayant trait à l’audition de l’enfant à plus long terme sont relevés par un peu moins d’un parent sur cinq : des difficultés de compréhension de la parole (18%) et des acouphènes (14%). Ce problème de santé concerne surtout les enfants de 5 ans et plus (18%), les enfants d’ouvriers (19%), les Franciliens (23%) et les enfants utilisant quotidiennement un casque ou des écouteurs (28%). La majorité des parents ayant consulté un ORL pour leur enfant ont été alertés directement par celui-ci (56%), et environ quatre sur dix par un professionnel de santé (41%) ou par leur conjoint(e) (40%). Moins d’un parent sur quatre a été alerté par une personne de son entourage familial ou amical (23%), par l’enseignant de leur enfant (19%) ou encore par une personne le gardant ou par le personnel de la crèche (18%).

660.000 enfants de moins de 10 ans exposés à une surdité précoce

44% des parents ayant conduit leur enfant chez l’ORL ont vu poser le diagnostic d’une perte auditive, dont 32% légère, 10% moyenne, ne nécessitant pas appareillage, et 2% sévère, nécessitant un appareillage. Ramené à l’ensemble des enfants de moins de 10 ans, une perte auditive a été diagnostiquée par un médecin ORL pour un quart d’entre eux (25%), et moyenne à sévère pour 7%. Environ 660 000 enfants de moins de 10 ans seraient donc concernés en France, un chiffre très probablement sous-estimé, car il ne prend en compte que ceux ayant été diagnostiqués, et par un médecin ORL. Une perte auditive moyenne à sévère est davantage diagnostiquée auprès des enfants de 5 ans et plus (8%, +3pts vs les enfants de moins de 5 ans), des enfants ayant au moins deux frères et sœurs (10%, +4pts vs enfant unique), et des Franciliens (10%, +4pts vs la province).
De plus, l’utilisation du casque constitue une circonstance aggravante dans les problèmes auditifs des enfants relatés par leurs parents. 40% d’entre eux estiment que leur enfant de moins de 10 ans écoute quotidiennement des sons via un casque ou des écouteurs, 21% moins d’une heure par jour, 13% entre une à deux heures, et 6% plus de deux heures. Or les parents dont l’enfant est concerné mentionnent bien plus les plaintes de celui-ci à l’égard du bruit et des nuisances sonores (47%, +28pts vs les autres enfants) et le diagnostic d’une perte auditive moyenne à sévère (14%, +12ps vs les autres enfants).

Les parents attendent l’intervention de l’Etat

76% des parents estiment que les pouvoirs publics devraient faire de l’audition de l’enfant une grande cause nationale de santé publique. Dans le détail, ils souhaitent avant tout mettre en place des campagnes d’incitation au dépistage des troubles auditifs (sur le même modèle que celles liées à la santé dentaire ou visuelle) : cette mesure est préconisée par 41% des parents, loin devant la mise en place d’une vigilance renforcée auprès de différents acteurs dans le milieu médical ou éducatif (20%), des campagnes d’information régulière sur le sujet (15%) ou encore un plan d’action permettant une meilleure inclusion des enfants malentendants.

Les foyers monoparentaux davantage exposés

Les parents élevant leur enfant dans un foyer monoparental sont bien plus nombreux à indiquer que celui-ci se plaint du bruit et des nuisances sonores : ils sont ainsi 44%, contre 28% dans les foyers avec deux parents. De plus, 57% témoignent de l’utilisation de casque ou d’écouteurs chez leur enfant, contre 38% dans les foyers avec deux parents. Conséquence de cet usage poussé du casque ou des écouteurs, les parents dans un foyer monoparental sont surreprésentés à avoir consulté un médecin ORL pour leur enfant. C’est le cas pour 66% d’entre eux (contre 54% dans les foyers avec deux parents), et une perte auditive a été diagnostiquée dans 40% des cas au total, moyenne à sévère dans 20% des cas (contre respectivement 22% et 5% dans les foyers avec deux parents). Ayant des enfants plus concernés par les problèmes auditifs, les parents seuls connaissent mieux les dispositifs de vigilance mis en place par les pouvoirs publics (39% affirment les connaitre, contre 26% dans les foyers avec deux parents).

* L’enquête a été menée auprès d’un échantillon de 1000 parents d’enfants de moins de 10 ans, représentatif de cette population. Les interviews ont été réalisées par questionnaire auto-administré en ligne du mercredi 25 janvier au mercredi 1er février 2023.

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